Sur 100 recrutements, seuls 15 ont abouti grâce à une annonce publiée. L'enquête Ofer de la Dares montre où passent les 85 autres — et comment se rendre visible quand on n'a ni expérience ni entourage professionnel.
Une annonce est diffusée dans près d'un recrutement sur deux. Mais sur 100 recrutements, seuls 15 ont abouti grâce à elle. Le reste se joue ailleurs : dans une candidature spontanée, une recommandation, une rencontre. Ce n'est pas une injustice de plus à porter. C'est un mécanisme, et un mécanisme, ça se comprend.
Le « marché caché » de l'emploi : la formule est floue et vaguement inquiétante. Derrière, il y a des données publiques.
L'enquête Offre d'emploi et recrutement, dite Ofer, est menée par la Dares, le service statistique du ministère du Travail. Sa dernière édition, celle de 2016, a interrogé par téléphone des établissements du secteur privé non agricole ayant recruté en CDI ou en CDD de plus d'un mois entre septembre et novembre 2015 : 8 510 questionnaires complétés, 64 % de taux de réponse. C'est la seule enquête nationale à décrire tout le processus, du besoin exprimé à la satisfaction de l'employeur une fois la personne en poste.
Deux précisions d'honnêteté. Ces données décrivent des recrutements de 2015 : les usages d'internet ont bougé depuis. Et elles portent sur des recrutements menés à leur terme dans le secteur privé : rien sur la fonction publique, rien sur les postes abandonnés.
L'enquête mesure deux choses bien distinctes, et c'est là que tout se joue. D'un côté, les canaux que l'employeur a activés. De l'autre, celui qui lui a permis de trouver la personne embauchée. Ce ne sont pas les mêmes.
En moyenne, 3,1 canaux sont activés par recrutement. Voici ce qu'ils donnent.
Canal | Activé dans | A permis l'embauche dans |
--- | --- | --- |
Examen de candidatures spontanées | 68 % des recrutements | 21 % des recrutements |
Relations personnelles ou professionnelles | 53 % | 27 % |
Diffusion d'annonces | 44 % | 15 % |
Consultation de bases de CV | 41 % | 3 % |
Intermédiaire public (Pôle emploi, devenu France Travail, mission locale…) | 36 % | 13 % |
Autre intermédiaire (école, centre de formation, cabinet, intérim…) | 34 % | 15 % |
Rappel d'une personne ayant déjà travaillé là | 23 % | 5 % |
Salons, forums et autres | 12 % | 1 % |
La première colonne dépasse 100 au total, puisqu'un employeur active plusieurs canaux ; la seconde fait exactement 100, puisqu'un seul canal a trouvé la personne — elle est calculée sur les recrutements dont l'employeur sait quel canal a abouti.
Lisez la ligne des bases de CV : les employeurs y cherchent des profils dans plus de quatre recrutements sur dix, et ça n'aboutit que dans 3 % des cas. Déposer son CV quelque part reste utile, mais ne peut pas remplir une semaine de recherche.
Regardez les deux premières lignes : les relations et les candidatures spontanées ont produit, à elles deux, 48 embauches sur 100. Ni l'une ni l'autre ne passe par une offre publiée.
Le point important n'accuse personne. Un employeur qui recrute prend un risque, avec peu d'informations et souvent peu de temps. Dans 28 % des recrutements, une seule candidature a été examinée : les recruteurs l'expliquent d'abord parce qu'ils connaissaient le candidat ou qu'un tiers le leur proposait (41 % de ces cas), ensuite par la rapidité avec laquelle le « bon » candidat s'est présenté (35 %).
Passer par ses relations, ce n'est pas d'abord du favoritisme : c'est une façon de réduire l'incertitude. La Dares l'écrit ainsi : les établissements qui recrutent peu « s'appuient sur leurs réseaux pour sélectionner les candidats adéquats ».
Ce réflexe est d'autant plus fort que la structure est petite. Dans les établissements de moins de 10 salariés, 40 % des recrutements ont abouti grâce aux relations. Dans la construction, 48 %. Ces établissements recrutent rarement, et 12 % seulement disposent d'un service RH : ils demandent autour d'eux.
Si personne ne vous a recommandé, ce n'est pas un verdict sur ce que vous valez. C'est que vous n'étiez pas dans le champ de vision de quelqu'un au bon moment.
Un chiffre est trop peu cité. Les employeurs n'ont mobilisé que leur réseau, et aucun autre canal, dans 12 % des recrutements : 20 % dans les établissements de moins de 10 salariés, 6 % dans ceux de 200 salariés ou plus.
Autrement dit : dans près de neuf recrutements sur dix, au moins un canal ouvert a été activé — une annonce, une base de CV, un intermédiaire, une pile de candidatures spontanées. Une porte par laquelle quelqu'un sans entourage professionnel pouvait passer.
Le marché caché n'est pas un club fermé : c'est un marché où l'information circule mal. Ce n'est pas la même chose, et ça n'appelle pas les mêmes réponses.
C'est le canal le plus activé : 68 % des recrutements, et 21 % des embauches. La note de bas de page la plus utile de l'étude dit ceci : les candidatures spontanées « permettent également plus souvent de recruter des personnes qui n'avaient pas d'expérience sur le type de poste sur lequel elles ont été embauchées ».
C'est, plus que les autres, le canal qui laisse sa chance à quelqu'un qui démarre sur un métier. Sur les postes d'employés non qualifiés, il monte à 33 % des embauches.
93 % des employeurs déclarent recevoir des candidatures spontanées, 61 % en reçoivent par courriel, et 41 % des établissements utilisent leur propre site pour en recueillir. Et dans 60 % des recrutements, le choix n'a reposé que sur une seule personne : votre lettre arrive souvent chez celle qui décide.
Une candidature spontanée sérieuse vise un établissement précis, nomme ce que vous savez faire et à partir de quand vous êtes libre, et n'est pas la même lettre recopiée vingt fois.
L'enquête regarde aussi la situation juste avant l'embauche. Pour les personnes inscrites comme demandeurs d'emploi, c'est l'intermédiaire public — Pôle emploi, mission locale, autres services publics de l'emploi — qui a le plus souvent permis le recrutement : 25 % des cas, devant les relations (24 %) et les candidatures spontanées (21 %).
Pôle emploi (France Travail depuis 2024) a été sollicité dans 32 % des recrutements et a permis d'embaucher dans 11 % des cas — 40 % de recours si l'on compte les annonces et les profils consultés sur son site.
En reconversion, un autre chiffre compte : pour les personnes qui étaient en études ou en formation avant leur embauche, 30 % des recrutements ont abouti grâce à un « autre intermédiaire » — catégorie où les écoles, universités et centres de formation pèsent lourd, puisqu'ils sont mobilisés dans 20 % de l'ensemble des recrutements. Votre centre de formation est un canal : dites-lui que vous cherchez.
Et le rappel d'anciens profite surtout aux anciens stagiaires : 24 % des personnes qui étaient stagiaires juste avant leur embauche ont été recrutées ainsi. Un message à votre ancien tuteur n'est pas déplacé.
Soyons honnêtes : les salons, forums et canaux du même type n'ont directement produit que 1 % des recrutements, et il ne faut pas en attendre une embauche sur place.
Mais l'enquête mesure le canal qui a permis l'embauche, pas ce qu'une rencontre déclenche ensuite. Un job dating où vous parlez vingt minutes à un responsable d'atelier, c'est une relation professionnelle qui n'existait pas la veille — la matière première, exactement, du canal qui produit 27 % des embauches. Se déplacer, c'est fabriquer, une conversation à la fois, le réseau qu'on n'a pas reçu à la naissance.
Encore faut-il savoir où et quand. Blossense tient pour ça un agenda public des rendez-vous emploi sur blossense.com/evenements : salons, forums, job datings, ateliers et réunions d'information, avec la ville, la date et le lien pour s'inscrire. Il se met à jour chaque jour à partir de sources publiques, sans rien à payer ni compte à créer.
Le CV est demandé dans 89 % des recrutements, la lettre de motivation dans 60 %. Ces pièces servent d'abord à trier : quand l'employeur a examiné plusieurs candidatures et peut détailler les étapes suivies, elles lui ont permis d'écarter près d'un candidat sur deux, avant même de le rencontrer.
C'est là que ça coince. Un CV court, en pointillés, ou bâti sur un métier qu'on vient de quitter, dessert avant même qu'on vous ait entendu.
Or le tri sur pièces n'est pas le choix final. Interrogés sur les critères du choix, les recruteurs citent d'abord l'expérience (28 % des recrutements) et les compétences (25 %), mais aussi la motivation, mentionnée dans plus d'un recrutement sur cinq — et plus souvent encore pour les personnes peu diplômées — et la disponibilité (16 %). Les mots « diplôme » et « formation » n'apparaissent que dans 6 % et 3 % des recrutements ; la Dares précise que ces critères servent plutôt en présélection, une copie du diplôme étant demandée dans 38 % des cas.
Et l'entretien individuel est utilisé dans 88 % des recrutements : de loin la méthode de sélection la plus répandue. Beaucoup se joue au moment où l'on vous voit et où l'on vous entend.
C'est l'idée sur laquelle Blossense est bâtie : une vidéo d'une minute où vous vous présentez vous-même, à la place du CV. Une minute, c'est trop court pour enjoliver et déjà assez pour qu'on entende une voix, une façon de dire les choses, une envie.
Ils ne disent pas que c'est facile. Au 2e trimestre 2026, le taux de chômage au sens du BIT s'établit à 8,3 % de la population active, son plus haut niveau depuis le 3e trimestre 2020. Chercher reste dur, et long.
Mais ils disent que les employeurs cherchent aussi. En juillet 2026, 37 % des chefs d'entreprise de l'industrie manufacturière déclaraient rencontrer des difficultés de recrutement. Et une fois la personne recrutée, dans 81 % des cas, l'employeur affirme qu'il l'embaucherait de nouveau si c'était à refaire.
Le problème, le plus souvent, n'est pas que vous ne valez rien : c'est que vous n'êtes pas visible. Ce n'est pas la même chose à réparer, et celle-là se répare.
Sources