Thierry Marx : celui qui a rouvert la porte derrière lui

On lui a dit que la cuisine n'était pas pour lui ; il est devenu chef doublement étoilé. En 2012, il est revenu dans la rue de son enfance ouvrir une école gratuite, sans condition de diplôme — et son format court en dit long sur la façon dont on entre vraiment dans un métier.

On a répondu à un adolescent de Ménilmontant que la cuisine, ce n'était pas pour lui. Il est devenu chef étoilé. En 2012, il est revenu dans la rue de son enfance pour y ouvrir une école gratuite, sans condition de diplôme. Voici ce que fait vraiment Cuisine mode d'emploi(s) — et pourquoi ce format court tient debout.

« La cuisine, ce n'est pas pour vous »

C'est la phrase qui donne son titre à un entretien accordé par Thierry Marx à L'Étudiant le 15 novembre 2012 : « Les 20 ans de Thierry Marx : "On m'a dit 'La cuisine, ce n'est pas pour vous'" ». Il y raconte une scolarité compliquée, l'envie d'entrer en école hôtelière, et la réponse que lui a faite un conseiller d'orientation.

Il a grandi à Ménilmontant, dans le 20e arrondissement de Paris. Il n'entrera pas en école hôtelière. En 1978, il rejoint les Compagnons du Devoir et en sort avec des CAP de pâtisserie, de chocolaterie et de glacerie. Pas de cuisine. « Je fais le Tour de France. Je découvre ce pays, mais aussi des métiers merveilleux », raconte-t-il dans ce même entretien.

Puis il s'engage : parachutiste de l'infanterie de marine, casque bleu au Liban en 1980. Au retour, il enchaîne des emplois sans rapport avec les cuisines. Il y revient ensuite, en se formant auprès de chefs.

La suite est connue : d'avril 2010 à décembre 2023, il dirige la restauration d'un grand hôtel parisien, où sa table « Sur Mesure » décroche deux étoiles au Michelin en 2012. Il ouvre en février 2023 son propre restaurant, Onor, étoilé en mars 2024, et préside l'UMIH depuis octobre 2022. Ce qui est moins connu, c'est ce qu'il a fait de son parcours d'avant.

2012 : il revient rue de Ménilmontant

Cuisine mode d'emploi(s) naît en 2012. Sur son site, l'association se dit « née de la rencontre entre Thierry Marx, chef étoilé et enfant du 20e et Frédérique Calandra, maire de l'arrondissement ».

La toute première école ouvre au 114 rue de Ménilmontant. Le quartier où il a grandi. Elle déménage en 2013 dans une ancienne imprimerie de 900 m² du quartier Saint-Blaise, toujours dans le 20e, où elle se trouve encore — deux cuisines, deux restaurants d'application, une boulangerie d'application et, depuis 2020, un potager sur le toit.

Le site de l'association liste aujourd'hui sept écoles : Paris, Nice, Clichy-sous-Bois, Grigny, Champigny-sur-Marne, Toulouse et Marcq-en-Barœul.

Il n'a pas monté ça de loin. Il est allé le remettre là où il est parti.

Ce qu'on y apprend, concrètement

C'est là que le modèle devient précis.

Les formations durent de 8 à 14 semaines selon le parcours. Cuisine, boulangerie et cycle préparatoire : 8 semaines en centre, soit 280 heures, à 7 heures par jour. Le CQP Commis de cuisine se déroule sur 11 semaines — 280 heures en centre et 105 heures de stage en entreprise. Le CQP Employé polycompétent de restauration monte à 14 semaines, 357 heures en centre et 140 heures de stage.

Un programme du CQP Commis de cuisine publié par l'association — une fiche datée du 1er juillet 2020, établie pour une session à Autun — ne parle pas en compétences abstraites. Il parle en gestes : maîtriser « les 80 gestes de base de la cuisine » et « les 90 recettes du patrimoine culinaire français ».

Le découpage horaire y est tout aussi explicite : 56 heures de préparations préliminaires — laver, éplucher, tailler, travailler la viande et le poisson —, 55 heures de cuissons, 54 heures de fonds et sauces, 15 heures d'hygiène et sécurité.

On ne vous demande pas de disserter sur la cuisine. On vous demande de savoir faire, et on vous dit combien d'heures il faut pour y arriver.

Les sessions comptent 10 à 12 stagiaires, « amenés à réaliser des prestations en condition réelle d'exercice de leur futur métier », écrit l'association.

Le prix : zéro

L'association l'écrit sur ses fiches : « Financement de la formation entièrement pris en charge pour les bénéficiaires ». Les financeurs cités sont France Travail, les collectivités territoriales et des mécènes.

Les conditions d'entrée, elles, disent beaucoup. Sur la fiche de la formation cuisine : être inscrit à France Travail, de la motivation, une cohérence du projet professionnel, la maîtrise du français et des quatre opérations mathématiques de base. Les fiches des deux CQP ne demandent, elles, que les trois derniers points.

C'est tout. Aucun diplôme demandé. Aucune expérience exigée. Aucune condition d'âge affichée sur les fiches.

Publics explicitement visés : demandeurs d'emploi, allocataires du RSA et des minima sociaux, personnes sans qualification ou sorties du système scolaire, personnes sous main de justice, bénéficiaires de la protection internationale. Les formations sont déclarées accessibles aux personnes en situation de handicap.

Autrement dit : ce qui est examiné à l'entrée, c'est l'envie et la cohérence du projet, pas le parcours scolaire.

Pourquoi un format court fonctionne

Un parcours long n'est pas moins bon : une remise à niveau générale rend d'immenses services, et beaucoup de personnes en ont besoin. Le format court répond simplement à un autre besoin.

Il commence par le métier.

Dès la première semaine, vous tenez un couteau. Vous produisez quelque chose de mangeable. Vous voyez le résultat le jour même. La théorie arrive après, quand elle sert à comprendre ce que vos mains ont déjà fait — pourquoi la sauce a tranché, pourquoi la pâte n'a pas levé.

Cet ordre-là produit de la confiance avant de produire du savoir. Et la confiance, quand on cherche du travail depuis longtemps, c'est souvent ce qui manque le plus.

Thierry Marx le formule à sa manière. Dans un article publié par France Travail le 29 avril 2021, il déclare : « Cette formation est là pour vous remettre dans le chemin, dans l'idée d'un projet professionnel. En quelques semaines, on gagne en confiance. »

Dans le même article, il dit d'où vient le projet : « Quand je cherchais une formation en cuisine rapide, efficace, gratuite ou très peu chère, pour moi qui venais de la pâtisserie, je n'avais pas forcément la réponse. »

Il n'a pas inventé une école pour les autres. Il a construit celle qui lui a manqué.

Ce que disent les chiffres — et ce qu'ils ne disent pas

L'association publie ses indicateurs de résultats pour 2024, formation par formation.

Formation cuisine : 87 % de finalisation du parcours, 89 % de sorties positives, 86 % de satisfaction. Boulangerie : 74 %, 83 % et 89 %. Prépa CME, le cycle préparatoire : 93 %, 85 % et 83 %. Les taux de satisfaction de la boulangerie et de la Prépa sont mesurés via Anotéa, le service d'avis de France Travail.

Sur l'ensemble depuis 2012, le site annonce « près de 90 % de sorties positives ».

Soyons honnêtes sur ce que ces chiffres sont. Ce sont des indicateurs publiés par l'organisme lui-même — la certification Qualiopi impose à tout organisme de formation de diffuser ses résultats obtenus (indicateur 2 du référentiel national qualité). Une « sortie positive » recouvre l'emploi, mais aussi la poursuite de formation. Et ces taux portent sur les personnes qui terminent le parcours, pas sur toutes celles qui l'ont commencé — ce qui est précisément pourquoi le taux de finalisation compte autant.

Ce n'est pas une critique, c'est la bonne façon de lire un chiffre : ces résultats restent affichés, datés et détaillés formation par formation.

Un secteur qui recrute encore beaucoup

Ce format ne tiendrait pas s'il ne débouchait sur rien.

Selon l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026 de France Travail, publiée le 21 avril 2026, l'hôtellerie-restauration compte 319 000 projets de recrutement — le deuxième secteur du pays en nombre de projets. 44 % d'entre eux sont jugés difficiles par les employeurs, soit à peu près le niveau moyen tous secteurs confondus (43,8 %).

Deux précisions que la même enquête impose : ces taux de difficulté reculent nettement par rapport à 2025 (environ six points de moins), et l'ensemble des intentions d'embauche baisse de 6,5 %, à 2,275 millions de projets. Le marché se détend ; le secteur reste malgré tout l'un des tout premiers recruteurs du pays.

Des postes qui cherchent des personnes. Des personnes qui cherchent une porte d'entrée. Entre les deux, il manque souvent une seule chose : quelqu'un qui apprenne le geste, sur place, en quelques semaines.

Ce que ce modèle nous apprend

Trois choses tiennent dans cette histoire, et elles dépassent largement la cuisine.

On peut entrer dans un métier par le geste. Pas par le dossier, pas par le diplôme qu'on n'a pas. Par ce qu'on sait faire de ses mains au bout de 280 heures.

Celui qui exerce le métier est bien placé pour l'enseigner. L'association l'écrit : « Thierry Marx supervise toutes les formations et leurs contenus. » L'encadrement, lui, est assuré par une équipe de professionnels en exercice.

Celui qui est passé par là sait où est la marche. Il a cherché cette formation rapide, gratuite et opérationnelle pour lui-même, et ne l'a pas trouvée.

C'est ça, la transmission : une porte, rouverte à l'endroit exact où on l'a trouvée fermée.

Et après l'entrée dans le métier ?

Ce modèle nous parle directement, chez Blossense. Nous croyons la même chose : ce qui décide, ce n'est pas d'où vous venez, mais ce que vous savez faire et ce qu'on vous transmet. C'est pour ça que les candidats se présentent chez nous en vidéo d'une minute.

Et nous travaillons sur le moment d'après. Une formation courte ouvre la porte du métier ; l'intégration, elle, se joue dans les premières semaines sur le poste. C'est notre parcours : 20 jours structurés avec un expert du métier et un référent interne, finançables par l'OPCO de l'entreprise. Le même principe, appliqué après l'embauche — apprendre le geste, auprès de quelqu'un qui le maîtrise, dans le vrai travail.

Thierry Marx a rouvert une porte dans sa rue. Notre travail commence juste après : faire en sorte que les premières semaines sur le poste consolident ce que la formation a ouvert.

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Sources