Ce qu'un recruteur a le droit de demander, ce que vous n'avez pas à dire, et la formulation en trois temps pour parler d'une période sans emploi sans la subir.
Un trou dans le CV s'explique en une phrase, au passé, sans excuse et sans détail intime : ce que vous avez fait pendant cette période, ce que vous en retirez, et pourquoi vous êtes disponible maintenant. La loi vous protège sur ce point : le code du travail limite les questions du recruteur aux informations présentant un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé. Vous devez répondre de bonne foi, pas tout raconter.
Le mot « trou » est déjà un piège. Il n'y a pas de trou : il y a une période où vous n'aviez pas de contrat de travail, ce qui est différent, et ce qui arrive à beaucoup de monde.
La fiche officielle du service public sur les méthodes de recrutement autorisées, vérifiée le 20 février 2026, est nette. L'employeur ne peut demander que des informations servant à évaluer votre capacité à occuper l'emploi proposé ou vos aptitudes professionnelles, et ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec le poste.
Elle cite les sujets sur lesquels les questions sont interdites : l'état de santé, la situation familiale, l'adhésion syndicale, la vie sexuelle, le logement, les loisirs.
Les articles L1221-6 à L1221-9 du code du travail encadrent ces informations et ces méthodes ; l'article L1132-1 interdit par ailleurs le refus de recrutement fondé sur l'origine, le sexe, la grossesse, l'apparence physique, le handicap, l'âge, les opinions, la religion, l'orientation sexuelle et l'identité de genre, entre autres critères.
Concrètement : si votre interruption tient à une maladie, à une grossesse ou à une situation familiale, vous n'avez pas à en exposer la nature.
Oui, et c'est le second volet de la même fiche : le candidat doit répondre de bonne foi, et une information mensongère déterminante peut justifier un licenciement pour faute.
La ligne est donc simple, et elle tient en deux règles qui ne se contredisent pas. On ne ment pas sur ce qui est demandé légitimement. On n'est pas tenu de développer ce qui ne peut pas être demandé.
Entre les deux, il y a une formulation vraie, brève et professionnelle. C'est celle qu'il faut préparer.
Trois éléments, dans cet ordre, en moins de trente secondes.
Le fait, nommé et daté : « De mars 2025 à janvier 2026, je n'étais pas en poste. »
Ce que la période a contenu : une formation, une recherche, un projet, une responsabilité familiale ou associative, un déménagement, des missions courtes. Quelque chose a occupé ces mois ; dites-le au concret.
Le retour au présent : « Je suis disponible depuis janvier, et je cherche exactement ce type de poste. »
Puis vous vous arrêtez. Le silence qui suit n'est pas à remplir : c'est au recruteur de poser la question suivante s'il en a une.
Les excuses répétées, qui transforment un fait neutre en aveu.
Le flou volontaire, qui appelle mécaniquement une relance.
Les détails de santé ou de vie privée, que vous n'avez pas à fournir et qui déplacent l'entretien sur un terrain où vous perdez.
Le dénigrement de l'employeur précédent, qui se retourne toujours contre celui qui parle.
Et la date maquillée : un CV en années pleines pour masquer huit mois se repère au premier rapprochement avec les certificats de travail.
Nommez-la plutôt que de la laisser vide. Une ligne datée suffit : formation suivie, recherche d'emploi active, période de disponibilité familiale, projet personnel, missions ponctuelles.
Une ligne nommée se lit comme un choix. Une case vide se lit comme une question.
Notre article sur le CV quand on n'a pas encore d'expérience détaille ce qui mérite une ligne et ce qui n'en mérite pas.
Le principe ne change pas, la préparation compte davantage. Deux leviers existent.
Le premier est de documenter ce qui a été acquis hors emploi. Une activité d'aidant, une responsabilité associative, une activité indépendante peuvent être reconnues par une validation des acquis de l'expérience : voyez qui peut faire une VAE et comment.
Le second est de reprendre pied par une immersion courte, qui remet une date récente et un contact professionnel sur le CV. Notre mode d'emploi de la PMSMP en décrit les conditions.
Un recruteur a-t-il le droit de demander pourquoi je n'ai pas travaillé pendant un an ?
Il peut interroger votre parcours professionnel. Il ne peut pas exiger d'informations sans lien direct et nécessaire avec le poste, ni vous questionner sur votre santé, votre situation familiale ou votre vie privée.
Dois-je dire que j'étais en arrêt maladie ?
Non. L'état de santé fait partie des sujets sur lesquels la fiche officielle indique que les questions sont interdites.
Puis-je arrondir les dates sur mon CV ?
Non. Vous devez répondre de bonne foi, et une information mensongère déterminante peut justifier un licenciement pour faute.
Vaut-il mieux aborder le sujet spontanément ?
Oui, brièvement, au moment où vous déroulez votre parcours. Cela évite que la question arrive plus tard, sur un ton d'interrogatoire.
Une période de chômage indemnisé se dit-elle ?
Vous pouvez dire que vous étiez en recherche d'emploi. Le détail de votre indemnisation ne regarde pas le recruteur.
Est-ce que ça élimine une candidature ?
Pas en soi. Ce qui pèse, c'est la capacité à en parler sans gêne et à ramener l'échange sur le poste.
Sources
Service-public.gouv.fr, fiche « Candidat à une offre d'emploi : méthodes de recrutement autorisées », vérifiée le 20 février 2026 : informations que l'employeur peut demander, exigence d'un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé, sujets sur lesquels les questions sont interdites, obligation de réponse de bonne foi, articles L1221-6 à L1221-9 et L1132-1 du code du travail.
Cet article décrit le cadre général. En cas de discrimination à l'embauche, le Défenseur des droits peut être saisi.